°Le petit bois charmant et la forêt sombre°

Création 2020-2021

Spectacle produit par On dit vous à grand-père ?

avec le soutien de la communauté d’agglomération

Mont-Saint-Michel-Normandie/Théâtre d’Avranches

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Histoires de loups pour contrer ses peurs

Ecriture et jeu Delphine Garczynska

Scénographie et costumes Violaine de Maupeou

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Petite forme tout terrain ou au plateau

Pour les familles : de 5 à 10 ans

Pour les classes : de la grande section au CM1

Durée : 55 minutes environ

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« Puisqu’on ne veut pas lui ouvrir, le loup va se déguiser en maman. Toute la nuit il affûte sa voix, pour la rendre douce, il la travaille comme on tord le fer grâce au feu des forges. Il fait des vocalises. Puis il se poudre. Il se met du rouge à lèvres. Il enfile des chaussures à talon. Ça va comme ça ? Ça fait bien maman ? »

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Des histoires au fond des bois, là où la lumière joue avec les ombres

Sous la pluie d’été la prairie sent bon, elle est merveilleuse ! Agathe n’y résiste pas et s’élance parmi les fleurs sauvages. Les bras chargés d’un énorme bouquet, elle pénètre dans la forêt sombre, défait ses sandales pour mieux sentir la mousse, relève les pans de son pantalon et les pieds dans l’eau fraîche du ruisseau elle chante de toute son âme. Mais comme elle est bien, là, sous les grands arbres, c’est sa première sortie, seule, tout à fait seule !

Un peu plus tard, un peu plus loin, autre histoire, dans les bois tranquilles, une chèvre entre dans une cabane pour donner naissance à ses petits. « Les chevreaux sont nés  » s’écrient les oiseaux et toutes les bêtes de la forêt, « tous nos vœux de tendresse  » sonne une pendule dressée dans la paille chaude. Et les chevreaux bêlent parce qu’ils ont si faim, pensez donc c’est leur première faim !

Mais les petits pleurs, les petits cris des chevreaux, piquants comme des aiguilles, tout comme la chanson douce qu’Agathe susurre sous les feuillages, toutes ces émotions emplissent la forêt et viennent chatouiller les oreilles du loup, celui qui dort là-bas sous son grand sapin vert…

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Des contes traditionnels et une écriture personnelle

Le petit bois charmant et la forêt sombre s’ouvre avec l’histoire de La petite fille et le loup, un conte de tradition orale afro-américain où une petite fille se découvre le don d’endormir les loups avec un petit air de musique tout doux mais puissant, magique. Vient ensuite La chèvre et les trois chevreaux, conte plus classique mais ici raconté dans une version russe d’Afanassiev où le loup dévorant doit faire face à une chèvre allaitante très nourricière, dont le lait abonde, une maman-chèvre contenante et rassurante.

Delphine Garczynska propose une interprétation sensible et sensuelle de ces contes traditionnels. Sensible parce qu’elle cherche l’endroit précis où l’histoire va entrer en résonance avec ses propres émotions et celles des spectateurs. Sensuelle parce que pour qu’images et situations prennent forme, pour que spectateurs et conteuse se fassent « voyants », son langage fait appel à tous les sens dans une écriture orale à fleur de peau.

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Claquer la porte au nez des peurs grâce au jeu

Aussi vieux que les siècles passés, éternel et universel, le loup est le visage que l’on donne aux peurs diffuses, aux angoisses envahissantes sur lesquelles il est difficile d’avoir prise. Le loup c’est la peur de tout ce qui se passe dans le corps pour la première fois, sensations de faim, de froid, d’inconfort ou émotions débordantes, frustration, colère, chagrin, et bien sûr la peur de disparaître tout à fait. Avec Le petit bois charmant et la forêt sombre Delphine Garczynska donne à l’enfant la possibilité de nommer ses peurs, de se réassurer, de les dépasser et de les sublimer.

Cette possibilité est offerte grâce aux histoires et leur contenu dramaturgique mais aussi grâce au jeu de la conteuse-comédienne, tour à tour familier, poétique ou incarné. Ces variations de jeu créent une distance plus ou moins grande avec l’histoire, offrant ainsi aux jeunes spectateurs des images et des situations vivantes et précises qui permettent à l’imaginaire de prendre son envol, mais aussi le recul nécessaire pour apprivoiser ses peurs et leur claquer la porte au nez. En parallèle du pouvoir apaisant des récits et du jeu, l’évolution de l’interprète dans l’espace et son rapport aux accessoires présents sur scène « organisent » les émotions débordantes, circonscrivent les peurs diffuses. Ainsi cette grande forêt inconnue, sans limites, qui faisait si peur, s’apaise, s’éclaire et devient ce « p’tit bois charmant » où l’on peut jouer sans craintes.

dessin original @Violaine de Maupeou